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Mardi 1 avril 2008

Vous vous réjouissiez peut-être d’être le (la) seule à avoir déjà dévoré compulsivement La Grande vie de Jean-Pierre Martinet ? À citer négligemment Octave Mirbeau sans avoir trop l’air d’y toucher, sûr(e) de votre effet dans une société ignare ? Et puis Ã  refermer jalousement La Confession impossible de Luccin, dans l’effroi tout palpable de vous faire arracher de ces pages précieuses ? Tremblez !

Bientôt, le plus grand nombre saura…

David Vincent et Thierry Boizet, respectivement en charge des excellentes éditions de l’Arbre Vengeur et Finitude, épaulés par Dominique Bordes pour la revue Toussaint Louverture, dans une joute littéraire aux Mots Bleus qui n’attend plus que vous, vont répandre leurs bonnes paroles, et (re)mettre en lumière des auteurs et des textes injustement méconnus, toujours savoureux, parfois disparus. 


Mercredi 2 avril à 18h
, Les Mots Bleus, 40 rue Poquelin Molière : Café littéraire, Un patrimoine littéraire oublié.
 


Dans l’intervalle, connaissez-vous, aimez-vous, détestez-vous l’un des ouvrages de ces maisons ? Faites-en profiter le plus grand nombre en commentaire, un peu de chauvinisme est parfois réjouissant…Joutons à notre tour.

Je vous propose humblement d’ouvrir le bal avec une petite note sur notre Jean-Pierre Martinet régional et  sa Grande vie, chez l’Arbre Vengeur, un auteur d’ailleurs fraîchement ressorti (posthume) des presses chez Finitude, avec Nuits bleues, calmes bières. L’histoire ne dit pas ce qu’il pensait de Toussaint Louverture, malheureusement. Une chose est sûre, voici un ouvrage (de plus, je sais, que voulez-vous) à se procurer ici de toute urgence :

Perdus/Trouvés, Anthologie de littérature oubliée.
 


A présent, rideau, lumière (applaudissements ?) :
 

 


Il semblerait qu’on tienne enfin notre Bukowsky français, et son double littéraire terne à souhait, mais alors un vrai, un vrai type cireux, sans relief et à la misère sexuelle à peine sordide, tout juste intolérable au regard d’élans lyrico-soviétiques par ailleurs à noter. 

Martinet, originaire de Libourne, après s’être usé aux fastes de la capitale, ratant prodigieusement sa vie promise au cinéma va écrire trois romans et plusieurs essais et textes courts dont La grande vie , jusque dans les années 90, et ce dans une indifférence presque générale. Désespéré notoire, censuré pour son chef-d’œuvre  Jérôme en 1978, réputé trop démoralisant (sic), il mourra malade et dévoué au cubis à 49 ans, en 1993.

Très court donc, mais flegmatiquement efficace, et ironique à souhait, le récit d’Adolphe Marlaud, au 47 rue Froidevaux, mérite Å“il attentif. A bon entendeur… 


« C’est vers la fin du mois d’août que le drame a éclaté. Je parle de drame, mais ce n’est pas le mot qui convient. Il n’y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n’y a que du burlesque et de l’obscénité. On n’est pas heureux, mais on se marre bien. Jaune, bien sûr, mais enfin. Et puis avouons-le, le malheur fait rire. Ce sont les hypocrites qui prétendent le contraire (d’ailleurs, ils gloussent en secret en contemplant le désordre du monde, nos grands humanistes). Â»  
 

« Mon indifférence me paraissait le signe d’une profonde tare morale. Le sang juif qui coulait dans les veines, dont j’aurais dû être légitimement fier, je ne l’acceptais pas, mais l’ignominie de mon père, elle, je l’assumais entièrement, au point de défendre sa mémoire chaque fois qu’on l’attaquait devant moi, et de veiller en chien fidèle sur sa sépulture depuis des années. Par contre, lorsqu’on évoquait en ma présence le martyre de ma mère, je faisais juste semblant de compatir. Mais au fond de moi, je n’éprouvais rien. Et je me disais que ce qui lui était arrivé était normal pour une putain. Â»


La grande vie, éd. L’Arbre Vengeur, 2006.

 

 

Finitude (présenté par Lekti-écriture)

L’Arbre vengeur

Monsieur Toussaint Louverture

 

Paméla R. (AS ED/LIB)
Par EdliBib - Publié dans : Programme - rendez-vous
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Commentaires

En attendant un compte-rendu plus complet de cette présentation jubilatoire des trois éditeurs à la recherche de l'auteur mort parfait, précisons un détail chic et tendance: les badges d'auteurs vendus la modique somme de 1.5 €. Vous pourrez ainsi vous présenter en société avec Léon Bloy, Jean Richepin ou Pierre Louys à la boutonnière. Un must-have de l'Escale à retrouver sur le stand de l'Arbre Vengeur...
Commentaire n°1 posté par Paméla R. le 02/04/2008 à 20h33
sans oublier les auteurs qui sont morts mais qui pourraient être vivants, et les vivants qui sont presque déjà morts, et tous les dérivés finalement!
Commentaire n°2 posté par nayla le 02/04/2008 à 21h01
Paméla, parlais-tu de moi au tout début de ton article??!! Pour ce qui concerne Martinet dont je dois la découverte à David (Merci à toi encore -si tu lis ces lignes), je sens l'influence de Dante et de kafka dans sa prose tant ses personnages sont marqués du sceau de la solitude, de l'enfermement et du monstrueux. La petite publication des Editions Finitude (Nuits bleues, calmes bières) contient deux chefs-d'oeuvre très courts... notamment la nouvelle L'Orage dont le début est à proprement parler prodigieux: "Depuis son enfance, Martha croyait que les divinités de la foudre étaient des petites filles malingres aux cheveux rouges qui vivaient cachées dans les groseilliers et riaient bêtement chaque fois que survenait une catastrophe ou qu'un homme mourait de mort violente sans avoir reçu l'extrème-onction. Maintenant encore, à soixante-seize ans, elle ne pouvait voir sans angoisse ce ciel plombé et figé qui annonce l'orage" etc etc. Je pense que Martinet s'inscrit aussi dans la lignée de Maurice Pons, dans cette réactivation du grotesque, du sordide, de l'anormal et du divin qui caractérise l'oeuvre de l'auteur des Saisons. Merci donc à ces deux maisons d'édition bordelaises de remettre sur le devant de la scène ces auteurs injustement oubliés que sont Martinet, Mirbeau, Gourmont ou Chesterton et de faire de l'édition littéraire ce qu'elle se doit d'être envers et contre tout: un engagement.
Commentaire n°3 posté par Sébastien le 03/04/2008 à 10h24
Effectivement. Merci à toi pour ce précieux commentaire...
Réponse de EdliBib le 03/04/2008 à 11h06

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