
Vous vous réjouissiez peut-être d’être le (la) seule à avoir déjà dévoré compulsivement La Grande vie de Jean-Pierre Martinet ? À citer négligemment Octave Mirbeau sans avoir trop l’air d’y toucher, sûr(e) de votre effet dans une société ignare ? Et puis à refermer jalousement La Confession impossible de Luccin, dans l’effroi tout palpable de vous faire arracher de ces pages précieuses ? Tremblez !
Bientôt, le plus grand nombre saura…
David Vincent et Thierry Boizet, respectivement en charge des excellentes éditions de l’Arbre Vengeur et Finitude, épaulés par Dominique Bordes pour la revue Toussaint Louverture, dans une joute littéraire aux Mots Bleus qui n’attend plus que vous, vont répandre leurs bonnes paroles, et (re)mettre en lumière des auteurs et des textes injustement méconnus, toujours savoureux, parfois disparus.
Mercredi 2 avril à 18h, Les Mots Bleus, 40 rue Poquelin Molière : Café littéraire, Un patrimoine littéraire oublié.
Dans l’intervalle, connaissez-vous, aimez-vous, détestez-vous l’un des ouvrages de ces maisons ? Faites-en profiter le plus grand nombre en commentaire, un peu de chauvinisme est parfois
réjouissant…Joutons à notre tour.
Je vous propose humblement d’ouvrir le bal avec une petite note sur notre
Jean-Pierre Martinet régional et sa Grande vie, chez l’Arbre Vengeur, un auteur d’ailleurs fraîchement ressorti (posthume) des presses chez
Finitude, avec Nuits bleues, calmes bières. L’histoire ne dit pas ce qu’il pensait de Toussaint Louverture, malheureusement. Une chose est sûre, voici un ouvrage (de plus, je sais, que
voulez-vous) Ã se procurer ici de toute urgence :
Perdus/Trouvés, Anthologie de littérature oubliée.
A présent, rideau, lumière (applaudissements ?) :
Il semblerait qu’on tienne enfin notre Bukowsky français, et son double littéraire terne à souhait, mais alors un vrai, un vrai type cireux, sans relief et à la misère sexuelle à peine sordide,
tout juste intolérable au regard d’élans lyrico-soviétiques par ailleurs à noter.
Martinet, originaire de Libourne, après s’être usé aux fastes de la capitale, ratant prodigieusement sa vie promise au cinéma va écrire trois romans et plusieurs essais et textes courts dont
La grande vie , jusque dans les années 90, et ce dans une indifférence presque générale. Désespéré notoire, censuré pour son chef-d’œuvre Jérôme en 1978, réputé trop
démoralisant (sic), il mourra malade et dévoué au cubis à 49 ans, en 1993.
Très court donc, mais flegmatiquement efficace, et ironique à souhait, le récit d’Adolphe Marlaud, au 47 rue Froidevaux, mérite œil attentif. A bon entendeur…
« C’est vers la fin du mois d’août que le drame a éclaté. Je parle de drame, mais ce n’est pas le mot qui convient. Il n’y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n’y a que
du burlesque et de l’obscénité. On n’est pas heureux, mais on se marre bien. Jaune, bien sûr, mais enfin. Et puis avouons-le, le malheur fait rire. Ce sont les hypocrites qui prétendent le
contraire (d’ailleurs, ils gloussent en secret en contemplant le désordre du monde, nos grands humanistes). »
« Mon indifférence me paraissait le signe d’une profonde tare morale. Le sang juif qui coulait dans les veines, dont j’aurais dû être légitimement fier, je ne l’acceptais pas, mais l’ignominie de mon père, elle, je l’assumais entièrement, au point de défendre sa mémoire chaque fois qu’on l’attaquait devant moi, et de veiller en chien fidèle sur sa sépulture depuis des années. Par contre, lorsqu’on évoquait en ma présence le martyre de ma mère, je faisais juste semblant de compatir. Mais au fond de moi, je n’éprouvais rien. Et je me disais que ce qui lui était arrivé était normal pour une putain. »
La grande vie, éd. L’Arbre Vengeur, 2006.
Finitude (présenté par Lekti-écriture)
Paméla R. (AS ED/LIB)