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Vendredi 4 avril 2008

Samedi 5 avril, à 16h30 au café du Théâtre Tn’Bar, Véronique Ovaldé invite Cécile Ladjali.
Chacune lira un passage du dernier livre de l’autre et partagera son expérience de la littérature et de l’écriture aux confins du fantastico-fantaisite. Je vous invite à déguster les articles qui leur sont consacrés ci-dessous…

Et mon cœur transparent, Véronique Ovaldé.
L'Olivier.

 

 

 

  Lancelot Rubinstein avait depuis longtemps fait « vœu de passivité. Son culte de l’inertie l’avait souvent mis à la merci de la tyrannie et de la dépendance mais lui avait permis, ce qui pour Lancelot n’avait pas de prix, un lent et plaisant étiolement. C’était une agréable façon de vivre très légèrement à côté des choses. Une absence paisible aux autres. »

S’il n’y a qu’une personne dans sa vie de sociopathe, c’est Irina, superbe créature ambivalente et exaltée, dont il a su, dès leur première rencontre « qu’il n’y aurait pas d’autre solution que de rester auprès d’elle pour se sentir vivant ». Mais connaît-on jamais celle dont on partage ce qu’on croit être les moments les plus intimes ?

Alors quand elle meurt dans d’étranges circonstances, Lancelot doit se résoudre à la vérité : Irina n’avait jamais cessé d’être une étrangère et sa passivité lui avait empêché de lui poser les bonnes questions. Que faisait-elle dans cette voiture alors qu’il venait de la laisser à l’aéroport ? À qui appartenait ce véhicule ? Qui est cet homme qui se prétend son père ?

Au temps des réponses il déroule le passé de son aimée, entre douleur et lucidité, sans réussir à s’empêcher de croire qu’il avait en fait épousé une dingue. Au-delà de son enquête, des monologues intérieurs qui le hantent, de ses sens qui le trompent et des objets qui disparaissent, ce sont des actes insensés pour le commun des mortels. Ce sont aussi toutes ces injustices du quotidien, tout ce qui face au monde qui nous régit pourrait à un moment justifier que nous fassions exploser notre rage.

Univers noir et fantaisiste, descriptions, contemplations, retours sur soi et réflexions sur la vie : autant de mots qui nous portent de révélations en révélations, marqués du sceau de l’imagination fertile de Véronique Ovaldé. Mais n’est-ce vraiment que le fruit de son imagination ?

Inès La.



Les vies d’Emily Pearl, Cécile Ladjali
Actes Sud

 



Les vies d’Emily Pearl est le quatrième roman de Cécile Ladjali, plus connue pour ses essais et son engagement en faveur d’un enseignement exigeant de la langue française que pour son oeuvre de fiction. Cette « amoureuse des mots » telle qu’elle se définit, nous livre ici un récit bref (moins de 200 pages) mais intense, qui a pour cadre principal l’Angleterre victorienne, à la fois corsetée et décadente de la fin du 19ème siècle, et comme arrière-plan la présence toujours lointaine mais persistante des Etats-Unis, jeune nation qui cristallise les espoirs et les rêves de liberté. C’est d’ailleurs au large des côtes américaines que prend fin le récit et le destin de la narratrice, Emily Pearl.

Ecrit sous la forme d’un journal, le récit met en regard le destin de deux femmes : le destin d’Emily Pearl et celui de sa soeur aînée, Virginia, que l’on suit grâce aux citations de sa correspondance dans le journal d’Emily. L’aînée, partie très tôt de la maison pour gagner sa vie et devenir indépendante, réussira à atteindre les Etats-Unis pour vivre le rêve américain dans ses grandeurs (à New-York) et ses limites (dans le Sud à Salem). Même si le destin de Virginia n’apparaît qu’en toile de fond, il est néanmoins très important dans la construction du personnage principal. Car Emily n’a de cesse de comparer son existence à celle de sa soeur : issue d’une famille pauvre, elle a connu rapidement une ascension sociale en devenant la préceptrice d’un jeune lord, Terence, et l’amante de son père, Lord Auskin. Mais une fois cette ascension acquise et malgré l’attachement qu’elle éprouve à l’égard de ses maîtres, Emily se sent prisonnière, sans aucune perspective dans ce manoir éloigné de Londres et à l’écart du monde.

A travers le destin des deux jeunes femmes et des autres personnages féminins du roman (une aristocrate, des domestiques, des ouvrières,...), l’auteure dresse le tableau d’une condition féminine aliénante à laquelle les différentes protagonistes, avec les moyens dont elles disposent, tentent d’échapper. Emily, en quête de liberté et d’accomplissement, choisit l’écriture pour transformer la réalité de sa condition et fait l’expérience du pouvoir des mots. Dans son journal, qu’elle laisse intentionnellement à la lecture de son maître, elle déforme la réalité en inventant par exemple des histoires sur le compte des autres domestiques, mensonges qui auront des conséquences funestes pour ces derniers (du renvoi du manoir jusqu’à la mort). Bientôt dépassée par ses propres manipulations, la jeune femme ira toujours plus loin dans cette provocation du destin, ce jusqu’à un point de non-retour.

Comme dans son premier roman Les Souffleurs (Actes Sud, 2004) où certains des personnages sont des têtes sans corps, Cécile Ladjali prend ici quelques libertés avec le principe de réalité tout en inscrivant son récit dans un cadre traditionnel. Les codes du roman d’intérieur et du journal côtoient en effet fantômes, sorcières et autres formes surnaturelles amenant ainsi le lecteur à s’interroger sur la part de réalisme et celle de l’imaginaire : qu’est-ce qui relève de la description du réel ou à l’inverse du pur fantasme dans ce roman? Le personnage principal lui-même semble échapper à toute description définitive. A l’image de l’eau, leitmotiv qui parcourt tout le texte comme par exemple l’océan qui sépare les deux soeurs, Emily reste insaisissable, se renouvelant sans cesse, au gré des situations, dans une tentative désespérée de donner une forme satisfaisante à sa vie.

Un roman dense et fascinant, qu’il est difficile d’abandonner une fois la lecture terminée.

Caroline P.

 

Par EdliBib - Publié dans : Programme - rendez-vous
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