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Dimanche 6 avril 2008

Nous n’étions que peu hier à avoir accepté l’invitation de Gilles Leroy et de René de Ceccatty à l’Atelier. La faute au grand soleil sans doute. Tant mieux, la rencontre n’en était que plus intimiste. Les écrivains s’installent, chacun son dernier livre devant lui : Alabama Song et L’Hôte invisible, mais pas question d’autopromotion suffisante. Loin de l’agitation médiatique, ce sont deux hommes qui discutent de leurs passions communes, de leur collaboration théâtrale, de leur relation à la littérature, dans le respect et l’admiration mutuelle.

Car ils n’ont pas été réunis par hasard ni de façon artificielle. Ce qui les lie ? D’abord il y a l’aventure collective de Mère et fils en 2004 : Alfredo Arias et René de Ceccatty demandent à huit auteurs d’écrire sur  cette relation pour le théâtre. « Les romans de Gilles Leroy sont bien dialogués » (c’est René de Ceccatty qui le dit !), et c’est sans doute pour cela que le théâtre lui va bien.

Pasolini ensuite. René de Ceccatty lui a adressé son premier livre, l’a traduit à sa mort et a réalisé sa biographie. Gilles Leroy l’a quant à lui connu par le cinéma avant de le lire, dans une fusion avec son univers, une émotion qui n’est « pas vraiment une aventure intellectuelle ».

Le Japon aussi. Gilles Leroy avoue s’être mis à  la littérature japonaise pour pallier sa méconnaissance de la littérature étrangère. Là où il y est entré par le cinéma, René de Ceccatty y est entré pour échapper au service militaire.  Avant de partir comme coopérant, il a beaucoup lu de littérature japonaise et a aussi appris la langue. Depuis, il traduit des auteurs japonais, pour « réorienter (son) besoin de graphomane d’écrire », dit-il.

Et l’écrivain en eux alors ? Il souffre d’écrire et de ne pas écrire tout à la fois. Gilles Leroy piaffe d’ennui et d’impatience quand il n’écrit pas : « c’est comme si on me coupait la respiration ». Mélange d’une satisfaction liée à l’organisation d’un chaos et du risque de l’angoisse. Car la littérature ne console pas : si l’on peut trouver une force structurale à la lecture d’un roman, René de Ceccatty ne prend « aucun plaisir à écrire », à replonger dans son vécu.

C’est bon de se recentrer sur l’essentiel et de reconsidérer la littérature hors du social. Parce que, comme le fait remarquer Gilles Leroy, non sans humour, on se demande l’intérêt qu’il peut y avoir à écouter un homme politique parler d’un livre qu’il n’a pas écrit à un journaliste qu’il ne l’a pas lu !

Inès La.
Par EdliBib - Publié dans : Quelques figures
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