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Quelques figures

Lundi 7 avril 2008

« On a tort de croire que tout ce qu’on écrit passe inaperçu. »

Charles-Albert Cingria.

 

Comme le précise Olivier Mony dès le début de l’entretien qui s’est tenu hier à l’Atelier, Eric Naulleau jouit d’une distinction républicaine : celle d’être détesté des détestables. Le ton pourrait être donné.

C’est pourtant sans forfanterie ni posture que l’auteur-professeur-éditeur-directeur-littéraire-chroniqueur-et-tout-récemment-journaliste-sportif bayonnais, bulgare ou parisien suivant ses heures et ses humeurs, en confiance face à un public acquis dans une ambiance tamisée va ouvrir ses mains pleines et tuméfiées d’innocent bagarreur rhétorique.

Copain d’Yves Calvi sur les bancs de l’université il suit les conseils de celui-ci qui lui enjoint de se consacrer pleinement aux Lettres. A l’université de Nanterre, après avoir quitté Bayonne, son paradis qu’il considère toujours à présent comme perdu, il se passionne pour les « sans grades », dont certains du Sud-Ouest, ces auteurs d’après-guerre qui eurent le malheur de n’être ni hussards ni sartriens et sombrèrent dans un oubli implacable : Paul Gadenne, Raymond Guérin ou un peu auparavant Bove* pour ne citer qu’eux.

Envoyé comme coopérant en Bulgarie pendant deux ans il en ramène en 1993 des souvenirs inoubliables et un manuscrit écrit à quatre mains de deux auteurs qu’il souhaite absolument faire éditer en France. Face aux portes fermées, et ne connaissant strictement rien au milieu éditorial, il décide de monter sa maison pour défendre son texte : L’Esprit des Péninsules entame alors la première de ses 15 années d’existence, et Le Cœur dans la boîte en carton, de Minkov et Konstantinov connaît dès le premier mois de sa parution un bouche-à-oreille satisfaisant.

Depuis la maison affiche environ 200 titres traduits de 27 langues différentes, et après une année de dépôt de bilan, se reforme autour du dernier livre de Pierre Jourde, son auteur fétiche, pour la parution très prochaine de La Cantatrice avariée. Réjouissons-nous…

Il est effectivement difficile de mentionner Naulleau sans Jourde, et inversement.

Les deux comparses, depuis leur rencontre, se sont fait comme profession de foi de dynamiter autant que faire se peut un milieu (la critique littéraire) cycliquement vicié par les deux seuls emplois à pourvoir actuellement : « cireurs de pompes »  ou  « grooms se renvoyant l’ascenseur ». Et par là-même de basculer dans le monde irréversible des « méchants », terme désignant à présent par un glissement de sens déploré par Naulleau ceux qui disent ce qu’ils pensent, ou bien des « réactionnaires », comprendre « qui ne s’intéressent pas à des auteurs de littérature à l’aise dans l’ordre du monde moderne. »

« Bien entendu que Laurence Boccolini a pris cher lors de ma dernière chronique. Il a fallu que je lise en entier Puisque les cigognes ont perdu mon adresse, dont le titre à lui seul, soit dit en passant, gagne haut la main la palme du plus mauvais de l’année. J’ai pris cinq pages de notes, imaginez bien que cela m’a coûté. La moindre des choses était de lui dire ce que j’en pensais : c’est horriblement mauvais. Je ne comprends pas qu’un auteur préfère qu’un journaliste qui n’a pas lu son livre lui dise qu’il est formidable, ce qui constitue une insulte autrement plus insolente, plutôt que de s’entendre dire que son livre est mauvais par quelqu’un qui l’a lu. »

La critique littéraire, largement égratignée par ailleurs dans son Petit-déjeuner chez Tyrannie, aurait tendance à se fondre complètement dans la promotion pure, et uniformiser une offre plus que consensuelle.

M. Naulleau enfoncerait-il des portes ouvertes ? Pas sûr… il existe encore quelques domaines comme celui-ci où il ne fait pas bon dire ce que tout le monde semble penser, ou prétend penser. Qu’à cela ne tienne, Éric Naulleau ne cache pas son côté bagarreur, et adore être désagréable sur les plateaux télé ou radio, dont il ne boude pas un plaisir au préalable alimentaire.

Il ne s’agit pas, comme il l’explique en prenant pour exemple La Littérature sans estomac, pamphlet de Pierre Jourde qu’il a publié à l’Esprit des Péninsules en 2002, de « dire ce que le texte aurait pu être, ou ce qu’il aurait du être, mais de dire exactement ce que le texte contient, exercice simple qui suffit à lui seul à révéler la vacuité des valeurs qu’il est censé contenir. »

 « Empêcheur de lire en rond », voilà l’emploi dont il rêve depuis des années, et en acceptant récemment la direction littéraire de la maison Balland tout en redoublant d’effort du côté de la promotion d’une littérature « excentrique et excentrée », il entend bien ne pas quitter le combat, et « continuer à secouer le cocotier pour en faire tomber des fruits dont on ne sait pas toujours qu’ils sont pourris. »

Qu’on se le tienne pour dit.



 














* Finitude, éditeur local qui ne l’est déjà plus, propose d’ailleurs dans son catalogue de redécouvrir Une grandeur impossible de Gadenne (« On ne pitche pas Gadenne, on en discute longuement » E. Naulleau) et Retour de barbarie de Raymond Guérin. À bon lecteur féru de lectures rares…

Paméla R.
Par EdliBib
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Dimanche 6 avril 2008

Nous n’étions que peu hier à avoir accepté l’invitation de Gilles Leroy et de René de Ceccatty à l’Atelier. La faute au grand soleil sans doute. Tant mieux, la rencontre n’en était que plus intimiste. Les écrivains s’installent, chacun son dernier livre devant lui : Alabama Song et L’Hôte invisible, mais pas question d’autopromotion suffisante. Loin de l’agitation médiatique, ce sont deux hommes qui discutent de leurs passions communes, de leur collaboration théâtrale, de leur relation à la littérature, dans le respect et l’admiration mutuelle.

Car ils n’ont pas été réunis par hasard ni de façon artificielle. Ce qui les lie ? D’abord il y a l’aventure collective de Mère et fils en 2004 : Alfredo Arias et René de Ceccatty demandent à huit auteurs d’écrire sur  cette relation pour le théâtre. « Les romans de Gilles Leroy sont bien dialogués » (c’est René de Ceccatty qui le dit !), et c’est sans doute pour cela que le théâtre lui va bien.

Pasolini ensuite. René de Ceccatty lui a adressé son premier livre, l’a traduit à sa mort et a réalisé sa biographie. Gilles Leroy l’a quant à lui connu par le cinéma avant de le lire, dans une fusion avec son univers, une émotion qui n’est « pas vraiment une aventure intellectuelle ».

Le Japon aussi. Gilles Leroy avoue s’être mis à  la littérature japonaise pour pallier sa méconnaissance de la littérature étrangère. Là où il y est entré par le cinéma, René de Ceccatty y est entré pour échapper au service militaire.  Avant de partir comme coopérant, il a beaucoup lu de littérature japonaise et a aussi appris la langue. Depuis, il traduit des auteurs japonais, pour « réorienter (son) besoin de graphomane d’écrire », dit-il.

Et l’écrivain en eux alors ? Il souffre d’écrire et de ne pas écrire tout à la fois. Gilles Leroy piaffe d’ennui et d’impatience quand il n’écrit pas : « c’est comme si on me coupait la respiration ». Mélange d’une satisfaction liée à l’organisation d’un chaos et du risque de l’angoisse. Car la littérature ne console pas : si l’on peut trouver une force structurale à la lecture d’un roman, René de Ceccatty ne prend « aucun plaisir à écrire », à replonger dans son vécu.

C’est bon de se recentrer sur l’essentiel et de reconsidérer la littérature hors du social. Parce que, comme le fait remarquer Gilles Leroy, non sans humour, on se demande l’intérêt qu’il peut y avoir à écouter un homme politique parler d’un livre qu’il n’a pas écrit à un journaliste qu’il ne l’a pas lu !

Inès La.
Par EdliBib
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Mardi 1 avril 2008




« Son parcours personnel et littéraire, telle une carotte géologique, résume et contient à lui seul tous les âges du burlesque. » À propos de Bernard Henri-Lévy in Le Jourde & Naulleau, Précis de littérature du xxie siècle, éditions Mango (Mots et Cie), 2004.

 

Éric Naulleau n’est pas correct, il n’est pas gentil non plus, à la bonne heure. Nous réjouissant de son irrévérence envers le monde littéraire actuel dans ce qu’il contient de plus présomptueux et médiatico-germanopratin, il sévit depuis 2007 sur le plateau de Laurent Ruquier (On n’est pas couchés) ainsi que dans certaines chroniques radio. Mais c’est surtout dans son travail d’éditeur à l’Esprit des péninsules (maison en cours de reformation) qu’il prend toute sa mesure d’observateur des hommes et de leurs travers, dans une ligne éditoriale largement pamphlétaire, faisant la part belle aux textes parfois infréquentables d’auteurs rugissant, désespérant, vitupérant à tout-va, pour le bonheur des mécontents, des incrédules et des déserteurs de cocktails. Absolument hilarant de justesse dans sa méchanceté rarement gratuite, il nous a livré quelques essais incontournables pour tout amoureux des Lettres libres et insolentes, dont Le Jourde & Naulleau, un précis-pastiche de littérature moderne analysant et décortiquant des textes dont le passage à la postérité serait relativement alarmant, avec l’aide de son complice de toujours, Pierre Jourde.

M. Naulleau ne vous aime pas, ce n’est pas son métier. Pour autant, quel bonheur, depuis Ambroise Bierce ou Léon Bloy, de rire de bon cœur en réfléchissant à la vanité des hommes, cinglés dans notre confort intellectuel que déplorait déjà en son temps Marcel Aymé, par une mauvaise humeur brillante.

Il apparaît alors d’autant plus essentiel de ne manquer sous aucun prétexte l’entretien qu’il donnera le samedi 5 avril à 18h pour l’Escale. Un grand moment à vivre en perspective, surtout s’il est en forme. Voir le programme pour plus de renseignements.
 
























Paméla R. (AS ED/LIB)
Par EdliBib
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  • : Du 4 au 6 avril 2008 se tient la 6e édition de l'Escale du livre, à Bordeaux. Ce blog a pour mission de vous le faire vivre de l'intérieur. Chroniques, articles de fond, entretiens...un complément de la gazette qui sera distribuée sur place. En partenariat pour la rédaction des articles et la conception avec l'IUT des Métiers du Livre de Bordeaux III.

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